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Bénir est subversif

Le commandement du Christ, et des premiers chrétiens est clair : un chrétien doit bénir. Bénir les autorités (Romains 13,1), bénir ses ennemis (Luc 6,35), bénir toute personne (Romains 12,14). Notre attitude ne doit pas être de condamner mais de toujours vouloir le meilleur pour la personne concernée, qu’importe ce qu’elle est ou ce qu’elle fait.

Mais bénédiction n’implique pas approbation
En bénissant la femme adultère, Jésus n’a pas approuvé ses actes.  Pour Paul, la bénédiction de son ami Philémon comportait une demande explicite et verbalisée de changement d’attitude envers son esclave, Onésime (Philémon). En bénissant nos ennemis nous ne demandons pas qu’ils continuent à nous haïr. Au contraire, demander la bénédiction, demander le meilleur pour quelqu’un, peut aller de paire avec une attente de changement.

Alors qu’implique la bénédiction de l’Eglise sur un couple Pacsé : une invitation au mariage ? Bénir un voleur : un changement de métier ? Bénir un chef d’entreprise : un respect pour ses employés ? Bénir ses employés : un respect pour le chef d’entreprise ? Et, comme c’est la question qui, qu’on le veuille ou non, semble être dans l’esprit du moment : qu’implique vraiment la bénédiction d’un couple homosexuel ? Sa réussite ou sa fin ? D’aucuns affirmeront le premier ; d’autres le deuxième. Y a-t-il du sens dans une telle cérémonie quand les implications seront comprises de manières contradictoires ?

Soyons une Église qui bénit, et bénissons tout le monde, mais ne le prenons pas comme un acte innocent, gentil, facile. Au contraire, c’est un acte difficile, profond, parfois subversif et bouleversant, qui accepte chaque personne telle qu’elle est, mais qui ne souhaite pas toujours que les choses restent telles qu’elles sont.

Un laïc de l’EPUdFdevant rester anonyme pour des questions professionnelles sur internet

Bénir, dire le « Bien ! » de Dieu

Prédication donnée au Temple du Marais le dimanche 2 mars à 10h30

En voici le texte.

Nombres 6,23-27 : la bénédiction sacerdotale, une parole du Seigneur à Moïse : « Voici comment seront bénis les Israélites ».

Jacques 1,5-8 : demander la sagesse à Dieu, plutôt d’avancer et reculer sans cesse.

Romains 12,14 : Bénissez et ne maudissez pas

 

PREDICATION

Ceux qui suivent l’actualité de l’Eglise protestante unie de France savent que nous travaillons jusqu’à l’Ascension 2015 sur le dossier « Bénédiction ». Nous faisons des retrouvailles avec cette thématique de la bénédiction pour comprendre ce que « bénir » veut dire.

Quand on cherche à comprendre ce qu’un mot veut dire, j’imagine que votre réflexe doit être le même que le mien : on va chercher dans un dictionnaire, ou un dictionnaire d’étymologie. Et quand on a lu ce mot dans les Ecritures bibliques, on va essayer de voir ce qu’il veut dire en hébreu, en grec, pour commencer à faire le tour de la question.
« Bénir », qu’est-ce que cela signifie ? Bénédiction, en français, c’est assez facile à comprendre : bene c’est « bien » et diction c’est « dire ». Une bénédiction, c’est quand on dit quelque chose de bien, quand on dit le bien sur la personne. Ca c’est en français avec notre racine latine. En hébreu, c’est un mot que vous connaissez parce que c’est le premier prénom du président américain : barack. La bénédiction signifie alors quelque chose qui est transmis positivement d’un père à son fils, un héritage. C’est ce geste qu’ont fait les différents patriarches avec leurs enfants, de mettre leur main sur leur tête. Il y a quelques patriarches plaisantins qui ont croisé les mains, pour que la bénédiction n’aille pas sur l’aîné, mais sur le cadet, puisque c’est la bénédiction de la main droite qui est la plus forte… Donc il y a tout un enjeu dans cette bénédiction, dans cette transmission : c’est comme si on transmettait tout un héritage, à la fois financier, mais c’est presque la plus petite partie de ce qui est transmis ; surtout l’héritage du nom, de la primauté dans la famille, l’héritage de la fonction de chef de famille, l’héritage de toute l’histoire de l’ethnie, etc. Cette bénédiction est une parole bonne, une parole de transmission de ce qu’il y a de meilleur, de ce qu’il y a de bon.

Mais à force d’être conscients de cette étymologie comme quoi « bénir » c’est dire du bien, à force de l’avoir dit jusque dans nos liturgies de mariage, puisque dans celle de l’Eglise réformée de France, il y avait cette phrase : « Bénir, c’est dire du bien de quelqu’un et faire tout son possible pour que ce bien s’accomplisse ». Une très belle phrase ! En même temps, nous avons laissé glisser petit à petit le sens de cette bénédiction comme étant juste une forme de la pensée positive, c’est-à-dire donner des paroles gentilles, donner des paroles sympathiques ; dire un peu à l’américaine : « Vous êtes formidable ! ». Dire, parce que c’est bien mieux pour les relations interpersonnelles : « Ah, j’aime beaucoup ce que vous faites ! ». Vous voyez ces paroles de valorisation. C’est bien, essentiel de pouvoir avoir une parole de valorisation pour un individu, mais en même temps, quand on parle de bénédiction dans les Ecritures, on n’est pas forcément dans l’idée d’une parole de valorisation au sens de l’émotion qui va accueillir cette bénédiction en disant : « Ah, ça me fait du bien ! Ah, ça me fait plaisir ! ».

Dans l’idée de bénédiction il n’y a pas d’abord les émotions, les sentiments ou le sentimentalisme, il y a vraiment l’idée de transmettre quelque chose qui est bien, qui est bon ». Et qu’est-ce qui est bien ? Qu’est-ce qui est bon ? La grande difficulté, c’est que depuis Genèse 3, nous ne savons… plus. C’est la quête fondamentale de l’être humain de dire : « Je vais maîtriser ce qui est bien et ce qui est mal. Je vais réussir à manger de cet arbre de la connaissance du bien et du mal, dont Dieu m’a dit de ne pas même essayer d’en manger parce que je ne saurai pas en gérer les conséquences. » Mais le serpent me dit : « Goûte, goûte, goûte, tu vas voir. Ca va être bon ! ». Il ne le dit pas mais sa pensée, derrière, c’est : « Tu vas être dans l’illusion de la maîtrise de toutes les choses de ta vie, et tu vas croire que c’est bon de maîtriser ». Voilà : ça c’est la proposition du serpent. Et donc on se retrouve avec cette illusion de pouvoir, d’une façon ou d’une autre, connaître, comprendre, et donc prendre, tenir, avoir l’illusion de saisir véritablement les choses qui sont bonnes et qui sont mauvaises dans notre vie, alors que notre expérience, dès qu’on a dépassé un tout petit peu l’adolescence, et même si on la dépasse parfois tardivement, c’est quand même qu’on ne comprend globalement pas ce qui est bon et ce qui est mauvais… Combien de fois avez-vous fait un geste, une action, essayé de transmettre une parole dont vous avez voulu qu’elle soit bonne pour celui qui devait la recevoir, et ça a porté à conséquence de façon catastrophique ? C’est la base même de l’action humanitaire : la générosité qui détruit tous les pays économiques dans les pays qu’on va aider.

Donc, ce désir de bien faire est profondément en nous, mais en même temps, depuis le commencement du monde, nous apprenons grâce aux Ecritures bibliques que nous ne savons pas nous y prendre correctement. Et il y a une véritable clé dans cette parole de bénédiction fondamentale (parce que c’est la parole de bénédiction de Nombres 6 qui est centrale pour juif, tout israélite pratiquant : que le Seigneur te bénisse et te garde, qu’il fasse resplendir sur toi la lumière et qu’il te donne sa paix). Nous connaissons bien parce que nous disons souvent cette parole à la fin du culte, mais il y a surtout le fameux verset 27 avec un ajout du Seigneur : « Quand vous bénirez les gens de cette façon-là, c’est Moi qui activerai la bénédiction. » C’est-à-dire que bénir n’est pas, ou n’est plus simplement le fait de dire du bien. Parce que quel est le système de pensée qui va catégoriser que ce soit bien ou que ce soit mal ? Aujourd’hui, quand on a 14 ans et qu’on est une fille, c’est « bien » d’avoir une minijupe qui ne couvre plus rien… Mais est-ce que c’est un bien ultime ? Aujourd’hui, quand on a 21 ans et qu’on est un garçon, c’est « bien » de prendre un air de caïd mafieux… Mais, est-ce que c’est bien dans l’absolu ? C’est bien pour un groupe de pensée. C’est bien à l’intérieur d’un petit système de référence, qui est celui d’un groupe, mais est-ce que c’est Bien avec un B majuscule ? C’est ça la question.

Et il a donc cette clé de lecture profonde dans le verset 27 de Nombre 6 : « C’est bien si J’ai dit que c’était bien, dit le Seigneur. Si moi, l’Eternel créateur du ciel et de la terre, sauveur de l’humanité, consolateur de tout cœur brisé, si Moi Je dis que c’est bien, eh bien c’est bien… Et si Je dis que ce n’est pas bien, ça n’est pas bien ». C’est la base même de l’activité de Dieu. Pensez toujours à notre fameux livre de la Genèse. Quand Dieu crée les choses, il dit : « C’est bien ! Ah, c’est bon ! Tov, en hébreu. » lisons-nous dans nos traduction bibliques. C’est un cri de Dieu, à chaque fois qu’il fait quelque chose dans la création : « C’est bien, c’est bien, c’est bien ! ». Et même quand il il crée l’être humain, il dit : « Ah ça c’est très bien ! ». Ce qui signifie que si vous dites qu’un être humain est une crevure ou qu’il n’est rien, vous êtes juste en train de proclamer l’inverse de ce que l’Eternel a proclamé sur lui. Il faut s’en rappeler, quand même. Dieu a dit c’est très bien. Aussi, quand on est dans une anthropologie hyper pessimiste et que l’on voit des gens se plaindre : « Oh là là, l’humanité, on s’en sortira jamais, on est tous pourris, etc. », ce n’est pas le projet de Dieu, ce n’est pas le discours de Dieu. Dieu connaît ce qui s’est passé après, à savoir la chute, mais il sait que son projet initial, c’est quand même ce « très bien » qui n’a pas été prononcé sur autre chose que sur l’être humain, au commencement du monde. Et puis au bout d’un moment, le Seigneur dit : « Ce n’est pas bien ! Lo Tov en hébreu ». Quand est-ce qu’il dit ça ? Il le dit quand Adam s’embête à mourir, qu’il est tout seul. Alors, quand nous dirons : « La solitude, l’autonomie, c’est le summum de l’accomplissement humain », nous pensons que c’est une bénédiction dans notre système de référence sur cette terre. Mais dans le système de référence du créateur du ciel et de la terre, c’est la pire des malédiction : l’autonomie, je me fixe mes propres lois à moi, je suis le centre de mon monde. C’est une malédiction terrible d’isolement.

La bénédiction dans les Ecritures  bibliques n’est rien d’autre qu’un écho au « BIEN ! » que Dieu aura proclamé à un moment ou à un autre, sur telle ou telle chose. Quand nous bénissons, ainsi que les grands prêtres d’Israël, nous ne faisons que répéter, dupliquer, et répondre, au sens de l’écho, qui répète 4 fois la même parole. Nous ne faisons qu’être un écho du « BIEN ! » de Dieu proclamé sur telle ou telle chose. Alors de quel droit, en tant qu’humains, nous dirions qu’autre choses est bien ?

Nous en avons tout le droit, effectivement si nous sommes des humains, ou plus précisément, si nous sommes simplement des citoyens, des contribuables, des français, des athées,… je ne sais pas comment vous vous définissez.  Nous avons droit de dire de tout ce qu’on veut que c’est bien. Mais quand nous sommes « chrétiens », ou juifs, nous perdons ce droit de dire un peu au hasard de nos sentiments que telle chose est bonne et que telle chose est mauvaise. Nous devons absolument rentrer dans ce système d’écho. Nous devons percevoir quelles ont été les bénédictions fondamentales que le Seigneur a posées, quelles sont les malédiction fondamentales que le Seigneur a posées (parce qu’il a dit de certaines choses que c’était mauvais, et c’est ça une malédiction !). Et si tu le fais, c’est mauvais pour toi. Donc si nous sommes simplement des gentils français athées, il n’y a aucun problème que nous disions de n’importe quoi que ce soit bien. Mais si nous disons que celui qui régule notre existence, celui qui nourrit notre foi, celui qui fait avancer notre réflexion est bien le Père de Jésus-Christ, alors, nous ne sommes plus dans une espèce de libre-arbitre, une liberté sans limite pour dire ce qui est bien et ce qui n’est pas bien. Evidemment que dans de nombreux préceptes des Ecritures, nous pourrons prendre du recul et nous douter que certaines exigences qui se trouvent même dans la Bible ne sont pas des exigence qui seraient directement celles de Dieu, mais qui peuvent être des exigences propres à la culture hébraïque, à la culture proche-orientale, à la culture juive. L’interdit massif de manger du lièvre n’a quand même pas la même importance que l’interdit de dire du mal d’un être humain. Nous pouvons effectivement prendre un peu de recul par rapport à certains « Bon » et certains « Mauvais » proclamés par certains passages, mais pour autant nous ne pouvons pas, comme je l’évoquais dans l’exemple de tout à l’heure, dire qu’une vie coupée de toute relation, une vie d’isolement serait une chose bonne. Parce que c’est le premier « Mauvais » que Dieu a prononcé.

Dans notre réflexion sur toutes les conséquences pratiques quant à toutes ces bénédictions que l’Eglise donne, nous sommes effectivement prêts à bénir chaque être humain, parce que tout être humain doit être béni, et encore plus par ceux qui agissent au nom de Jésus-Christ. Mais quand je bénis un être humain, je ne bénis pas forcément tout ce dont il est porteur : certains de ses choix politiques peuvent être effrayants, certains de ses choix de vie peuvent être bizarres. Je ne suis pas obligé de bénir cela quand je bénis sa personne. Je bénis la créature de Dieu, et pas ce qui a été transformé par la culture, les habitudes, l’éducation et le reste. Je bénis une personne sans cautionner tout ce que cette personne peut véhiculer. Et quand je commence à vouloir bénir une institution, bénir les autorités, comme nous y invite Paul, quand je pense bénir des types d’unions humaines, comme une église ou un couples, ce qui doit faire référence, ce sont les Ecritures bibliques, simplement en écho à ce dont Dieu a dit « Ca c’est bien ; mais ça ce n’est pas terrible ». Voyez, nous pouvons bénir sans juger, nous pouvons bénir sans ostraciser. Nous pouvons aussi refuser de bénir quand on nous demandera de bénir une Mercedes pour qu’elle gagne les 24h du Mans. C’est un choix que nous faisons, et nous ne le faisons pas selon notre bon-vouloir, selon notre bon plaisir, mais nous le faisons simplement parce que l’Eternel a dit en Nombres 6,27 : « Quand tu béniras de cette façon-là que Je t’indique, c’est Moi qui bénirai ». Amen.

Qui change qui ?

Est-ce la Réforme qui change la société,
ou est-ce la société qui change la Réforme ?

« Voici, je fais toutes choses nouvelles » (Apocalypse 21.5).
Le Dieu créateur et sauveur n’est en rien un Dieu conservateur et qui inciterait ceux qui se réclament de lui à s’enfermer dans des traditions déconnectées du monde dans lequel ils vivent. Mais la question qui nous est posée est de discerner si les innovations qui se présentent à nous participent à ces réalités nouvelles qui sont la manifestation du Royaume ou si ce ne sont que des changements où s’exprime avant tout la rupture de l’humanité avec son créateur. Si la Réforme a provoqué une mutation culturelle indéniable était-ce pour initier cette fuite en avant devenue un trait caractéristique de notre modernité ou au contraire pour redonner droit aux anciennes vérités qui s’étaient perdues ? Le protestantisme français depuis deux siècles a été traversé par ces deux orientations et elles s’affirment aujourd’hui avec une acuité plus forte que jamais. Derrière le débat sur la bénédiction et son extension éventuelle aux couples de même sexe, c’est aussi cette alternative qui s’impose à nous. Mais selon l’option qui sera adoptée, c’est pensons-nous, l’identité profonde du protestantisme qui est en jeu et aussi l’image que nous voulons donner de nous-mêmes. Bien sûr le débat théologique aura lieu. Le dossier que nous avons reçu en atteste la richesse du contenu. Pourtant, la question de la « posture » protestante face à notre société et à ses exigences n’apparaît pas vraiment alors qu’il y a de fortes chances que ce soit cette image que nous voulons donner de nous-mêmes qui fera pencher le choix dans un sens ou dans l’autre. A qui voulons nous plaire, à qui avons-nous peur de déplaire ?
Ces questions traversent tout le débat à venir.

quicourt

Le rite, contrainte ou liberté ?
La réflexion qui nous est proposée sur la bénédiction s’appuie sur une mise en perspective du rite. Le document en souligne de manière assez appuyée les risques potentiels. Pourtant, le rite en tant que tel, en tant que pratiqué par de nombreuses communautés priantes, n’est pas en soi problématique. Il a une valeur structurante, disciplinante et Jésus l’a aussi pratiqué. Il me semble que ce qui pose question c’est que le rite est compris par certains comme une intolérable contrainte pour ceux qui se veulent des sujets libres, autonomes, perpétuellement créatifs du sens de leur vie. Le rite devient formel quand certains veulent l’imposer d’autorité à d’autres. Mais n’est-il pas trop vite déclaré formel parce que l’on rechigne à s’y plier ? Il nous faut voir qu’il est vécu de manière épanouissante par de nombreux croyants qui font l’expérience que la liberté n’a de sens que face aussi à la règle – et quelle communauté pourrait s’en passer ? – face à cette Loi dont nous avons tant de mal à penser la pertinence dès que nous y opposons l’Evangile.

Se poser en s’opposant 
Le jugement porté par le document sur le judaïsme qui donnerait à voir « un Dieu tatillon » (p. 4) est révélateur d’une manière moderne d’envisager la foi. Je me pose en m’opposant ! Etre chrétien c’est ne plus être juif ; être protestant c’est rejeter le pape, la messe, la Vierge Marie ; être un protestant « éclairé » à la manière d’Auguste Sabatier, c’est s’affranchir de la religion d’autorité pour embrasser celle de l’Esprit. Et je ne peux m’empêcher de penser que certains s’appuient sur cette logique pour revendiquer aujourd’hui, au nom du « oui » de Dieu, de rejeter tout ce qui pourrait s’apparenter à des « non ».

Liberté ou autonomie
Le protestantisme qui se revendique « La parole de liberté aujourd’hui » (c’est ce que proclame une affiche que j’ai trouvée dans mon bureau paroissial et qui m’a toujours semblé très prétentieuse) ne confond-il pas liberté et autonomie ? Il est à cet égard héritier d’une certaine tradition philosophique moderne, mais aussi en rupture avec la compréhension des Réformateurs qui face à l’humanisme d’Erasme, rappelaient la réalité du « serf-arbitre ». Pour la Réforme – et pour la tradition biblique – la liberté ne se définit pas d’abord en référence au sujet mais en rapport avec le Dieu libérateur. Je suis libre parce que j’ai été libéré et non parce que je m’affranchirais moi-même.

Autorité des Ecritures
La pensée occidentale moderne valorise au contraire l’autonomie. Pour les philosophes des Lumières, c’est en s’affranchissant des formes anciennes d’autorité (politique, religieuse, philosophiques) que l’humanité accède enfin à l’âge adulte. Cette autonomie de la volonté se double aussi d’une autonomie de la rationalité qui appliquée à la Bible renverse la position qui fut celle du sola scriptura. Malgré le coup de barre donné par Karl Barth qui tente de redonner à la révélation de Dieu son caractère absolu, la tendance actuelle renoue avec les lectures critiques qui semblent les seules valables si on veut être de son temps. Mais dans cette ligne, la Bible n’a plus vraiment d’autorité au sens où elle affirme et où nous écoutons. Désormais la Bible fait seulement écho à ce que nous avons cogité. On en prend et on en laisse puisque de toute façon elle n’est qu’une collection de récits, qu’une vitrine de conceptions dont la plupart n’ont pas vraiment de pertinence avec ce que nous aujourd’hui nous savons. Si nous sommes entrés dans une ère nouvelle, alors ce qui est passé est périmé. La question est que ce principe peut perpétuellement s’appliquer est que toute affirmation aujourd’hui jugée un progrès pourra demain être rejetée comme inadaptée et erronée. Si c’est la science ou la philosophie qui donne son assise à la pensée, alors le christianisme se découvre comme précaire par nature et incapable de s’affirmer par lui-même. Il n’a de pertinence que si d’autres savoirs lui donnent du crédit. Dans le cas présent, ce serait les théories sur le genre, les évolutions sociétales qui inciteraient l’Eglise protestante à revoir sa théologie et ses principes (voir les pages sur l’anthropologie, la sociologie…). Jamais on ne se pose la question de savoir si ces évolutions et ces situations nouvelles ne devraient pas être mises en jugement. Par principe ce qui s’impose dans l’évolution historique ne peut qu’être bon, surtout si le plus grand nombre se rallie à ces évolutions.

Sommes-nous l’Eglise à nous tout seul ?
Il faudrait aussi se demander pourquoi dans un tel débat, on ne cherche pas à entendre les autres confessions chrétiennes. Malgré la Charte œcuménique (points 3 et 6 notamment), nous agissons comme si le christianisme se limitait à nous-mêmes. Bien sûr : pourquoi se mettre à l’écoute des autres chrétiens dont nous savons qu’ils sont tellement réactionnaires et si peu ouverts à la liberté ? J’y vois un indice d’un certain orgueil protestant qui ne peut qu’entraîner des conséquences fâcheuses car le Seigneur résiste aux orgueilleux (1 Pierre 5,5) ! Il reste à cette heure malgré tout la Fédération Protestante, et la présence des Eglises évangéliques qui sur ces questions ne semblent pas prêtes à nous suivre. Finalement, c’est une preuve de notre auto-suffisance, de notre repli sur nous-mêmes, de notre individualisme. Il n’est donc pas étonnant que ce soient nos petites pensées personnelles, nos désirs aussi qui finissent par commander à tout le reste. Face aux pressions d’une société libertaire et libertine, nous avons peur de confesser comme Jésus « que Ta volonté soit faite », et nous préférons murmurer, pas trop fort pour ne pas être pris en défaut, « que Ma volonté soit faite ».

Si effectivement il faut se montrer prudent dans l’invocation du status confessionis (question qui parce qu’elle touche au fondement de la foi peut impliquer la rupture de communion, par exemple l’Eglise confessante allemande face à l’Eglise liée au nazisme), il ne faut pas négliger la dimension du status communionis. Par certains aspects, la bénédiction est un acte ecclésial qui donne à voir et à entendre notre compréhension de l’Evangile. En voulant étendre la bénédiction à certaines personnes marginalisées – et qui sommes-nous pour maintenir quiconque dans la marginalité – on risque de rompre la communion avec d’autres. On peut estimer que les grincheux peuvent descendre du train de l’histoire, mais on peut aussi estimer que l’embarquement de nouveaux passagers n’implique pas de changer la destination !

Ne pas aplatir la bénédiction
Enfin, dans un contexte où la théologie protestante a passablement perdu le sens de la transcendance et des réalités spirituelles invisibles, la bénédiction risque d’être aplatie au statut de paroles bienveillantes. On pourra la gonfler un peu en se servant d’un jargon pseudo-philosophique, mais elle restera une parole sans la véritable profondeur du Royaume. Dans la tradition biblique et dans l’Evangile au contraire, la bénédiction donne à entendre ce que l’être humain, limité, manque souvent de percevoir. La bénédiction a souvent une dimension prophétique en appelant sur celui qui la reçoit l’accomplissement du projet de Dieu. Il y a donc une dimension « charismatique » (par exemple la bénédiction de Jacob en Genèse 49).  L’exemple de la culture Kanak ouvre un peu cette dimension (mais il faut rester plus que prudent à trop vite assimiler l’invocation des esprits et l’accueil du Souffle saint).

Deviens ce pourquoi Dieu t’a fait
Comme nous y invite la démarche synodale, nous pensons que la bénédiction est essentielle car elle me fait entendre que Dieu ne se contente pas de ce que je suis mais qu’il m’appelle à devenir ce pour quoi il m’a créé. La bénédiction ce n’est donc pas la petite tape du bon Dieu sur l’épaule de l’humanité, mais souvent une interpellation radicale à vivre enfin à la hauteur du Royaume. D’ailleurs, dans le culte, la bénédiction termine tout un parcours liturgique et biblique où cette conversion nous a été sans cesse offerte. Dernière parole du culte, elle nous ouvre aussi à cet appel à vivre en nouveauté de vie. La bénédiction de Jésus sur ses disciples (et sur l’Eglise) n’est pas qu’un encouragement consolant au moment où il va les quitter, mais l’invitation à accueillir la puissance d’en-haut pour devenir témoins. Jésus ne cherche pas seulement à mettre du baume au cœur de tous ceux que la vie aurait malmenés, mais, en les bénissant, à les convertir à ce que Dieu veut pour eux.

L’horizon de la bénédiction, c’est l’avènement du Royaume. Ce Royaume est ouvert à la multitude des êtres humains et la salle des noces peut se remplir de tous les laissés pour compte (Matthieu 22.1-14 ; Luc 14.13). Mais encore faut-il avoir revêtu l’habit de noce. Ce vêtement ce ne sont pas les modes du moment qui le définissent, mais il nous est donné par Celui que le baptême nous a fait revêtir (Galates 3.27). Si nouveauté il y a, ce n’est pas celle des évolutions historiques, contingentes et imparfaites, mais celle que Dieu seul peut donner à ceux qui humblement écoutent ce que de tous temps il a proclamé. N’est-ce pas cette parole éternelle que la Réforme a voulu retrouver ? Qui sommes-nous pour la changer ?

En guise de conclusion : Colossiens 3.5-14
5. Faites donc mourir ce qui n’est que terrestre : l’inconduite sexuelle, l’impureté, les passions, les mauvais désirs et l’avidité, qui est idolâtrie.
6. C’est pour cela que la colère de Dieu vient sur les rebelles.
7. C’est à cela que vous vous adonniez autrefois, lorsque vous viviez ainsi.
8. Mais maintenant, vous aussi, rejetez tout cela : colère, animosité, malfaisance, calomnie, paroles choquantes sortant de votre bouche.
9. Ne vous mentez pas les uns aux autres : vous vous êtes dépouillés de l’homme ancien, avec ses agissements,
10. et vous avez revêtu le nouveau, qui se renouvelle en vue de la connaissance, selon l’image de celui qui l’a créé.
11. Il n’y a là ni Grec ni Juif, ni circoncis ni incirconcis, ni barbare ni Scythe, ni esclave ni homme libre ; mais le Christ est tout et en tous.
12. Ainsi donc, vous qui êtes choisis par Dieu, saints et bien–aimés, revêtez–vous d’une tendresse magnanime, de bonté, d’humilité, de douceur, de patience.
13. Supportez–vous les uns les autres et faites–vous grâce, si quelqu’un a à se plaindre d’un autre ; comme le Seigneur vous a fait grâce, vous aussi, faites de même.
14. Mais par–dessus tout, revêtez–vous de l’amour, qui est le lien parfait.
15. Que la paix du Christ, à laquelle vous avez été appelés en un seul corps, règne dans votre cœur.

Bénédiction fragilisée

La conception huguenote française du mariage est très particulière car elle presque plus enracinée dans l’histoire de l’Église protestante en France que dans les Écritures bibliques.

Au sortir de l’Ancien Régime, les protestants se réjouissent que l’État leur propose un mariage qui devienne civil, et ne soit plus simplement soumis à l’allégeance à l’Église catholique romaine et ses registres de mariage, qui faisaient loi en matière de conjugalité et de succession jusque là. La loi du 20 septembre 1792 instaure à ce titre un État Civil.

C’est de ce moment que date la grande affection du protestantisme réformé pour le mariage civil. Par la suite, il sera mis une grande insistance sur le fait que « l’Église Réformée ne marie pas », mais qu’elle ouvre un espace de célébration pour la « bénédiction de couples mariés » ; entendez, des couples déjà mariés à la Mairie, comme tout le monde, mais qui, plus spécifiquement, veulent entendre une parole bénissante sur leur union, souvent dans un temple. D’ailleurs, l’article 433-21 du Code pénal punit de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende tout ministre d’un culte qui « mariera » ou « bénira un couple » sans que celui ci soit passé d’abord par les auspices de l’Etat Civil.

C’est cette représentation qui a prévalu dans un discours de nos Églises, devenu parfois plus républicain que la République. C’est aussi ce discours qui a permis de dire que des couples PACSés ou des couples non mariés (notamment des couples homosexuels jusqu’à la loi du 17 mai 2013) ne puissent être bénis dans nos temples : ils n’étaient pas passés devant l’officier d’Etat Civil à l’occasion d’un mariage civil.

L’argument du préalable qu’est le mariage civil est donc caduc ; il ne peut servir de parapluie ouvert pour refuser de façon gênée à un couple homosexuel qu’il soit béni par l’Église et au nom de Dieu. Il faut donc revisiter notre argumentaire qui ne peut plus avoir pour seul pilier la Loi française, mais doit peut-être désormais faire à nouveau droit à un discours éthique, anthropologique, biblique plus explicite qui dise vraiment pourquoi ce n’est pas possible. Un discours enraciné dans les Écritures puisque nous sommes protestants.

Le fait de s’être protégé pendant  des années derrière un mauvais prétexte et une justification secondaire est dommageable, car ce manque de courage et d’honnêteté nous a fait éviter la vraie réflexion sur les soubassements de notre théologie de la bénédiction. C’est une très belle et bonne occasion que de pouvoir, par le synode national de 2015 de l’Église Protestante Unie de France, se repentir de cette lâcheté, et renouer avec le courage d’une foi ancrée dans les Écritures bibliques et l’audace de la vérité. C’est une théologie de l’Alliance qu’il faut redévelopper, puisque le mariage n’est plus, du fait du changement de la loi, défini en pleine conformité et cohérence avec ce que la tradition chrétienne a construit sur plusieurs siècles.

Ce sera aussi l’occasion de se repentir et de dénoncer un lieu commun que nous avons avec complaisance laissé dire à tous vents, à savoir que les réformés sont « pour le divorce », alors que nous aurions dû corriger de tels propos en proclamant l’indissolubilité du mariage biblique, mais la possibilité de bénir une union de la deuxième chance, après avoir connu un échec. Ce qui est sensiblement différent.

Dans plusieurs articles de ce site, vous pourrez trouver une reprise biblique, éthique, anthropologique et théologique de ces questionnements et voir la diversité des arguments que produisent les uns et les autres sur ce sujet.

Une relecture biblique du dossier « Bénir »

Voici une analyse détaillée sur les enjeux du rapport synodal « Bénir ».

En voici les grands titres :
1. Pourquoi le conseil national a-t-il choisi de nous faire réfléchir sur la bénédiction ?
2. Pourquoi recommencer le même débat après seulement une dizaine d’années ?
3. Pourquoi s’obstiner à répéter que l’église ne marie pas, maintenant que la société civile a changé la définition du mariage ?
4. L’anthropologie est au cœur de la foi réformée.
5. L’alliance est le cadre dans lequel la Bible nous parle de bénédiction. Pourquoi est-elle absente du dossier ?
6. L’alliance est le cadre de la bénédiction. Et cette bénédiction, ce sont les commandements du Seigneur Dieu accomplis par le Christ, accomplis aujourd’hui par la vie de son Esprit en nous.
7. L’instrumentalisation des textes bibliques
8. La question de la bénédiction des couples de même sexe met la foi chrétienne en jeu, elle relève du status confessionis.

Vous pouvez télécharger ici dans sa version complète le document du pasteur Matthias Helmlinger (PDF)

Jésus au prisme du genre

Les débats actuels et la confusion des propos bruyants ne permet pas vraiment la réflexion. Dans les milieux chrétiens comme dans le reste du monde, il devient difficile de faire reconnaître la différence profonde et fondamentale entre :
- des études du genre, qui cherchent à comprendre combien les notions de féminité et de masculinité sont codifiées et façonnées différemment selon les cultures,
- une vraie théorie du genre (bien que d’aucuns disent qu’elle n’existe pas), qui est l’extrapolation hasardeuse, normative et idéologique desdites études, prônant toutes sortes d’excès dont la négation de la différence sexuelle, le rupture fantasmée entre genre et culture, ou un hégémonisme d’une culture a-sexuelle ou trans-sexuelle (androgynie).

Alors portons paisiblement notre regard sur Jésus avec le recul critique d’une lecture au prisme du genre, en voyant quelles dérives nous pourrions en conclure dans une idéologie du genre (plutôt que « théorie », si vous le voulez bien).

JÉSUS, HOMME JUIF
Jésus est troublant à plus d’un titre, et pas seulement parce qu’il a su être pleinement Homme et pleinement Dieu. Il l’est parce que sa façon d’être homme, telle que les évangiles nous la décrivent, est étonnante pour notre perception culturelle.

Du point de vue de sa propre culture, juive, il est tout à fait un homme. Il porte une robe, avec vraisemblablement des téfilines (תפילין), puisque ce fut une drôle d’expérience qu’une femme impure du fait de pertes de sang ose toucher la frange de sa tunique (Luc 8,46). Il est un rabbin assez normal, il convoque des disciples qui sont des hommes essentiellement même s’il semble très ouvert à ce que des femmes suivent son enseignement et ses pérégrinations. Il ne s’oppose pas ouvertement aux catégories de son époque dans la répartition des prérogatives sexuelles, mais en même temps il transgresse plusieurs interdits. Il n’hésite pas à parler à une femme au bord d’un puits (Jean 4), ce qui « ne se fait pas », tout comme se faire sécher les pieds par une prostituée (Jean 12). Mais surtout il sera de fait connu comme le Ressuscité par le témoignage premier de femmes l’ayant découvert vivant au tombeau (Luc 23,55), ce qui est une bizarrerie car le témoignage des femmes n’a aucune valeur juridique.

JÉSUS EFFÉMINÉ ?
Du point de vue de notre culture, Jésus est un peu efféminé. Pas simplement à cause de la robe, mais surtout à cause de sa douceur dans les relations avec les autres. Ce type de délicatesse est classé au registre des valeurs féminines dans la France d’aujourd’hui.
Beaucoup sont aussi assez gênés qu’il ne soit pas marié.

C’est oublier qu’il est fiancé, et ceci depuis qu’il a posé, à Cana (Jean 2) l’acte d’abandonner la férule maternelle. Par là il a « quitté son père et sa mère pour s’attacher à son épouse » (Genèse 2,24), et ceci, justement, dans des noces qui préfigurent son propre mariage ! Lisez Apocalypse 19 pour y voir la narration des Noces de l’Agneau, où le Christ-époux prendra entièrement pour lui l’Église-Épouse en noces joyeuses : toute l’humanité rassemblée deviendra l’Épouse.
Donc Jésus n’est pas célibataire, à moins qu’on considère un fiancé comme un pur célibataire.

C’est un déficit de connaissance biblique qui a fait de Jésus une sorte d’androgyne dans l’imaginaire des chromos italiens, mais il était bien un homme, sexué et plein d’émois. Est-ce le fait qu’il pleure (Jean 11) ou qu’il soit secoué d’émotions à Getsémané (Matthieu 26) qui fait que nous trouvons encore qu’il soit un peu sensible ou maniéré ? En tout cas, cela ne peut être le point de vue que d’une société où s’est radicalisé une masculinité ancrée dans l’adage : « un garçon ça ne pleure pas… voyons ! ».

CROIRE C’EST POUR LES FEMMES
Ce déficit de culture quant à l’anthropologie biblique donne à penser à beaucoup d’hommes occidentaux que la foi n’est pas faite pour les vrais mâles, parce qu’elle implique une sensibilité qui est classée culturellement en France comme de l’ordre du féminin. Un homme ne confesse pas ses péchés devant les autres, il ne parle pas de son intimité, il ne partage pas ce qui est de l’ordre de l’émotion. Sinon il n’est pas un homme… D’où la perception que la foi serait une sorte de mariage spirituel entre la femme croyante et Jésus, ce qui est une aberration parce que Jésus n’est pas polygame, et encore moins infidèle à sa seule Épouse qui est l’Église. C’est aller un peu vite en besogne de dire que, parce que Jésus serait l’époux spirituel de l’Église, il serait l’époux psychique et émotionnel de chaque femme… Et conséquemment qu’on ne peut pas être homme et croyant parce que cela évoque une intimité d’homme à homme qui semble être de l’ordre d’une relation « entre copines ».

Une saine étude du personnage de Jésus selon les catégories du genre nous permet donc de comprendre combien le machisme occidental est d’une toute autre nature que le système patriarcal connu à l’époque de Jésus. C’est un produit d’un puritanisme du XIXème siècle. Le patriarcat juif est compensé par la transmission matrilinéaire de la judéité : cette idée émerge exactement au temps de Jésus. Notre machisme d’avant 1968 est quant à lui plus que patriarcal : c’est un simple système de domination des hommes sur les femmes, pour l’essentiel.

Il pourrait ainsi y avoir une Bonne Nouvelle à considérer l’étonnante égalité biblique, que l’on trouve dans plusieurs passages dont deux sont assez explicites :
- « la femme est l’os de mes os, la chair de ma chair » (Genèse 2,23) signifie une radicale identité qualitative entre l’homme et la femme,
- « La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari ; et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. » (1 Corinthiens 7,4). C’est révolutionnaire pour le contexte du Proche-Orient ancien.

IL S’EN SUIT QUE…
Nous sommes donc mis au défi en tant qu’Église de savoir si la lutte contre le machisme ambiant n’est pas une partie de la Bonne Nouvelle qu’un Christ sauveur veut annoncer à notre culture. Pour autant, comment rejoindre une génération d’hommes à certains égards traumatisée par le choc de représentations de 1968, et les contrecoups inattendus du mouvement — positif ! — de libération de la Femme ? Comment être un homme entre les deux lignes de fuite que sont l’hypervirilité du colosse bodybuildé, d’une part, et l’androgyne des publicités de Jean-Paul Gaultier promouvant explicitement une culture gay, d’autre part ?

En somme, ne serait-il pas vraiment révolutionnaire de parler de l’homme (masculin), via les modèles de la paternité de Dieu (amour et fermeté), de la masculinité de Jésus (tendresse et autorité), etc. ? N’est-ce pas là une façon de s’affranchir d’une culture qui s’est avéré être aliénante ?

Il deviendrait en revanche idéologique de faire de Jésus une icône gay, interprétant au crible d’une androgynie devenue but en soi, justifiant son a-sexualité par son célibat dénoncé plus haut, ou par des versets faciles à tordre dans un but doctrinal : « Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus. » (Jean 13,23). Pareillement, pourquoi inverser la logique et à tout prix vouloir employer un langage inclusif pour parler de Dieu, l’appeler Mère ou Père/Mère plutôt que d’assumer que l’Écriture l’appelle simplement Père ?

Car là, on ne serait plus dans le « lire » mais dans le « délire ».

Ne nous conformons pas

Ne nous conformons pas au siècle présent !

Je ne suis pas « huguenot » d’origine, et donc je ne me complais pas dans cette idée qu’être minoritaire c’est bien, qu’être seul contre tous est la marque de la « vérité d’un combat ». Au contraire, je crois qu’il faut aussi entendre ce que dit la majorité silencieuse de nos églises. Or là, en ce qui concerne l’ouverture du mariage et surtout de l’adoption et de la procréation médicale assistée aux couples de même sexe, il s’agit même plus de majorité silencieuse, mais de majorité tout court ! En effet, sur 2,2 milliards de chrétiens, dont ½  de catholiques, il n’y a sans doute guère plus de 15% des baptisés qui acceptent vraiment ces évolutions sociétales contraire à l’éthique chrétienne et biblique (les orthodoxes et les évangéliques les rejettent, comme la grande majorité des catholiques, hors mis dans l’Europe sécularisée). Et même chez les 800 millions de protestants, où il n’y a plus que 185 millions de luthéro-anglicano-réformés, même pas la moitié acceptent ces évolutions.

Quant à notre Eglise [protestante unie de France - NDLR], nous avons eu il y a près de 10 ans un débat sur ces questions dans nos églises locales et en synodes, conclu au synode national de Bordeaux en 2004. Il est alors remonté des églises locales qu’elles accueillaient tout le monde inconditionnellement sans se soucier de l’orientation sexuelle des uns et des autres. Par contre, une majorité d’églises s’étaient prononcées contre la possibilité d’accueillir en paroisse un pasteur qui aurait déclaré son homosexualité. Enfin, le texte disait qu’il n’était pas opportun d’envisager un culte de bénédiction pour les personnes de même sexe, qui entretiendrait alors la confusion entre couples homosexuel et hétérosexuel. A cette époque, des conseillers de plusieurs églises étaient prêts à envisager que leur église locale sorte de l’Union si le synode avait voté la possibilité de bénir des couples de même sexe. Demain, il en sera de même !

Personnellement, je crois aussi que si nos directions d’églises s’ouvrent à ce type de demandes minoritaires, à terme, cela créera des schismes dans nos églises au niveau mondial, national ou local. En effet, ces évolutions de la société, du droit conjugal, de la filiation… ne sont pas des évolutions positives ; mais, comme le disent plus ouvertement nombre de nos pratiquants, comme la majorité des catholiques engagés et des réformés-évangéliques, ce sont plutôt là les indices d’une civilisation occidentale devenue matérialiste et individualiste, qui met la toute-puissance du désir de l’individu au-dessus de l’intérêt collectif et du Projet de Dieu. Je crois aussi que si le Christ avait été interrogé sur ces questions, comme il l’a été sur le divorce, il aurait renvoyé ses interlocuteurs à Genèse 1 et 2. Enfin, je crois qu’on ne peut accepter que le « droit de l’enfant » soit remplacé par un « droit à l’enfant », en ouvrant notamment la PMA à des femmes non-stériles, ni qu’on établisse ça et là une équivalence entre couples hétérosexuels et les couples homosexuels ; car établir une équivalence entre les deux revient à nier la réalité en opérant une grave confusion entre « genre » et « pratique » : confusion qu’il ne faudrait ni entretenir à l’Ecole et encore moins à l’Eglise en présentant ces choix de vie comme étant égaux. Ainsi, en matière de droits n’inventons rien de nouveaux, respectons plutôt ce qui est déjà écrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme  de 1948, et appliquons aux questions de filiation le « Principe de précaution » inscrit dans notre Constitution.

Pr Luc Serrano : courrier envoyer au journal ENSEMBLE

« Ce qui me frappe, au contraire, lorsque je regarde en moi-même ou que j’entre en contact avec un de mes frères en humanité, c’est à quel point la raison, cette raison au nom de laquelle on prétend nier toute valeur spirituelle de caractère proprement religieux, est sans cesse obnubilée par la passion, par tout ce qui monte des bas-fonds de notre être, par tout ce qui nous pousse à prendre notre intérêt personnel pour seule règle, à le mettre au centre de notre vie, par tout ce qui inspire notre égoïsme et notre orgueil. »

Marc BOEGNER, Le christianisme et le monde moderne
Paris, Librairie Fischbacher, 1928

Courrier des lecteurs de l’hebdomadaire Réforme (20 fév 2014)

« Conseiller presbytéral à Voiron (Isère), je viens de recevoir les 2 épaisses brochures sur « Bénir ». Que de papiers à lire ! Certes l’EPUdF présente le dossier comme l’occasion de réfléchir sur la bénédiction en général, mais la seule question qui se posera sera : Va-t-on bénir les couples homosexuels, mariés ou non ? et non pas : Va-t-on bénir les porte-avions ?
Ces nombreuses pages brassent énormément d’éléments anthropologiques, bibliques, psychanalytiques, afin qu’on puisse dire si la décision est prise de bénir ces couples : »Vous voyez, on a beaucoup réfléchi, beaucoup débattu, donc la décision est bonne et indiscutable ».
Le tableau final de l’annexe 5.13 élaboré par un poste de la Mission populaire, a la prétention de présenter objectivement les diverses positions. Finalement, il aboutit à faire apparaître ceux qui sont contre la bénédiction des homosexuels comme des extrémistes, marginaux et ringards, alors que ceux qui sont pour sont présentés comme des modernes, progressistes qui montrent le chemin aux autres. »

D. Lanz